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Jeudi 6 août 2009
Nous laisserons de côté le problème de l'origine des Goths, toujours sujet d'un débat entre les spécialistes.
Au IVe siècle, les Goths, divisés en deux branches, Ostrogoths et Wisigoths, sont installés au nord du Danube et de la Mer Noire (zone de la culture de Tchernakov).

En 375, la région est envahie par les Huns. Suite à l'effondrement de leur royaume, les Wisigoths passent sur la rive sud du Danube (376-377), et par-là même dans l'empire romain. Là, des tensions avec les autorités romaines locales mènent à un soulèvement des populations gothiques installées comme fédérés, ce qui conduira à l'anéantissement de l'armée d'Orient à Andrinople, en 378.
Les Ostrogoths quant à eux seront soumis aux Huns jusqu'en 455, date à laquelle ils s'installeront dans l'ex-province de Pannonie, suite à la dissolution de l'empire d'Attila.

Le passage du Danube et l'installation dans l'Empire correspond pour les Goths à un changement de leur société, passant d'une fédération de tribus pratiquant une économie agropastorale, à une armée errante, vivant aux dépens des autochtones des régions occupées ou traversées.
Tour  à tour adversaires ou alliés de Rome, les Wisigoths vont alors connaître une migration de quarante ans qui les mènera jusque dans le sud-ouest de la Gaule.
En effet, en 418, par traité avec l'empire romain d'Occident, les Wisigoths s'installent en Aquitaine en tant que foederati, et prennent Toulouse comme capitale.
Minoritaires mais détenteurs d'une majeure partie des biens, terres et bêtes de la province occupée, les Goths ne s'intégreront pas aux populations gallo-romaines.
A cela plusieurs raisons, et tout d'abord la question religieuse. Depuis le milieu du IVe siècle, sous l'impulsion de leur évêque Ulfilla, les Goths sont ariens ( considérée comme une hérésie par l'Eglise, cette doctrine formulée par le prêtre Arius nie la confusion entre le Père et le Fils au sein de la Trinité), là où les populations romaines étaient catholiques. Cette différence fut à l'origine de bien des heurts entre goths et gallo-romains, s'ajoutant à des différences juridiques et sociales.

Installés dans la province la plus riche de Gaule, les Wisigoths ne tardent pas à faire montre d'une volonté expansionniste marquée, surtout sous le règne d'Euric (466-484), qui accéléra la rupture avec Rome : conquête de la Tarraconaise en 472-473, de l'Auvergne avant 475, et de la Provence en 476 (dont Arles, capitale de la préfecture des Gaules).
Cette expansion extraordinaire allait mener à la création du plus vaste et puissant royaume barbare d'Occident, s'étendant sur 750 000 km carrés, de l'Espagne à la Loire, et de l'Atlantique jusqu'au Rhône et à la Durance.
Mais en 507, le roi franc Clovis, sous couvert de motifs religieux, lance contre le regnum Tolosanum une offensive qui aboutira à la bataille de Vouillé, funeste pour les Wisigoths qui y perdent leur roi Alaric II et leur royaume.
Avec l'aide intéressée du roi ostrogoth Théodoric, installé en Italie, les Wisigoths conservent l'Espagne et une bande de terre entre Garonne et Méditerranée, correspondant à l'actuel Languedoc-Roussillon, comprenant les riches cités d'Agde, Narbonne, Nîmes et Carcassonne.
Mais il faudra encore près de 25 ans, jusqu'à la mort d'Amalaric, second fils d'Alaric, en 531, pour que les Francs puissent consolider leur conquête.


Après la perte de Toulouse face aux Franks,Les Reiks élisent roi Geisalic à Narbonne(maintenant capitale) .Narbonne prise par les Burgondes, les Visigoths se réfugièrent à Barcino (Barcelone) tandis que les armées de Thuidreiks,s'étant débarrassé des Byzantins arrivent en Gaule,avec à leur tete le duc Ibbas

Entre 508 et 511, Geisalic "fait front commun " avec les Ostrogots , mais très vite  les relations entre les wisigots et les ostrogots se durcissent (heurts sur la Durance entre visigoths/romains et ostrogots en 511).
En effet de nombreux goths et notamment le roi commençaient à voir clair dans le jeu des ostrogoths.
Celui ci s'allie avec
« les ennemis des ostrogoths » selon Isidore de Séville,autrement dit les goths voyant d'un mauvais oeil les ostrogoths.Comme par exemple à Rodez ,où ceux ci obtiennent implicitement le soutien de Clovis!
Gesalic chassé du trône par le dux ostrogoth Ibba, s'enfuit en Afrique chez les Vandales qui lui apporte leur soutien ,principalement financier .

En 511,Gesalic revient en Gaule pour essayer de reconquérir son titre ...avec le soutien de Clovis,toujours implicite ainsi qu'avec l'aide de partisans visigothique(basé principalement en aquitaine)

A partir de ses bases en Aquitaine, le roi lance une invasion de la tarraconaise, mais est défait par l'armée d'Ibba à 30 km de Barcino ; il s'enfuit  alors au nord, traverse "la Septimanie" déchirée a l'ouest entre les troupes frankes et ostrogotique, essayant d'entrer chez les Burgondes.

En 512 celui ci est soit  capturé et tué en franchissant la Durance(probablement par des soldats ostrogoths/burgondes);soit en  arrivant à la cour burgonde,il est livré aux ostrogoths par le roi burgonde...Quoiqu'il en soit on entend plus parlé de lui apres!

Les Ostrogots s'empresseront dans leur [i]Origo [/i]de faire de Geisalic un fils illégitime et mauvais d'Alreiks,n'hésitant pas à fricoter avec le pirate vandale.
En fait Geisalic,en tant que roi légitime(et donc avec le soutien d'une grande partie de son peuple) contrecarre les projets ambitieux de Thuidreiks ainsi que d'Ibbas (qui se nomme roi visgoth apres la mort de Thuidreiks )
Par Circa Mediterranea - Publié dans : Travaux de recherche.
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Dimanche 29 mars 2009
Petite sortie avec nos kits fin Ve-début VIe sur le site de Sainte-Claire près d'Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône, occupé du IIIe siècle avant J-C au VIe après J-C.
L'occasion de croquer quelques scènes de vie quotidienne dans un castellum du regnum wisigothique à l'aube du VIe siècle.


Retranchée dans la partie haute du site, la garnison veille, alors que les raids francs sont chaque jour plus fréquents.

En contrebas, sur les terrasses de culture, les paysans défrichent une parcelle à mettre en valeur.

Mais, en homme libre portant les armes, le paisible cultivateur peut en cas d'alerte prêter main-forte aux buccelaires de la garnison, fidèles serviteurs d'un grand laïc du Royaume.

Mais ces épisodes guerriers ne freinent pas la vie économique, comme le montre ici la cohabitation d'une lampe à huile d'Afrique du Nord avec deux fibules wisigothiques (Lampe : Ars Cretariae, Fibules : JME Reproductions Médiévales).
Par Circa Mediterranea - Publié dans : Reconstitution
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Dimanche 29 mars 2009
Marqueur archéologique quasi indestructible, le mobilier céramique est riche d'informations, sur la céramique elle-même bien sûr, sa fabrication et son utilisation, mais aussi sur le contexte dans lequel elle prend place.
Dans les lignes qui suivent nous verrons ce que ce type de mobilier, et plus particulièrement les amphores et la vaisselle importée, peut apporter à la connaissance des échanges et de la consommation en Gaule du Sud durant l'Antiquité Tardive.
Toutefois, ce tableau sera forcément incomplet, car tout le commerce ne se faisait pas en amphore, loin s'en faut. Aussi le vin, et les salaisons de poissons, ont été souvent transportés en tonneaux (épave de St-Gervais, Fos-sur-Mer, VIIe s.), contenant encore mal connu archéologiquement. Et de fait le volume des denrées ainsi transportées, dont le vin de Narbonnaise dès le IVe s. , reste une inconnue.
Tout aussi mal connu archéologiquement est le commerce du blé, pourtant une préoccupation majeure des sociétés antiques.
Concernant les différentes régions représentées par les amphores découvertes dans le Midi de la Gaule, les travaux récents ont apporté de nouvelles données quant à leurs zones de production.
Ainsi en ce qui concerne les amphores italiennes, alors que l'on avait longtemps cru à leur disparition passé le milieu du IVe siècle, la fin des années 1990 vit l'attribution à la péninsule de deux types connus de longue date mais d'origine inconnues. Les amphores Ostia IV ou Agora M254, abondantes au IVe s. et considérées un temps comme tripolitaines, s'avèrent être fabriquées en Sicile. De même, les Keay 52, fréquentes à Marseille au Ve s., sont des productions du Bruttium, et non de Méditerranée Orientale.
Les amphores africaines, longtemps considérées comme un tout, semblent à présent être issues d'une multitude d'ateliers, présents dans le Sahel Tunisien, en Byzacène méridionale (ces derniers produisant les amphores Keay 8B, surtout diffusées à l'époque vandale) et en Zeugitane.
Mais si les centres de production d'amphores et la chronotypologie de celles-ci se sont affinées ces 20 dernières années, on reste encore dans le vague quant au contenu des amphores.
Les productions d'Italie du Sud et de Méditerranée orientale étaient vraisemblablement destinées à contenir du vin (on rappellera la longue carrière des vins orientaux, de Sidoine Appolinaire à Venance Fortunat). Les amphores africaines, en majorité poissées, n'ont pu comme on l'a pensé, contenir de l'huile, ce liquide n'ayant guère pu être transporté que dans des Keay 59, 8B et 35A.

Les nouvelles données obtenues quant aux lieux de production des amphores et (dans une moindre mesure) leur contenu permettent une vision renouvelée de la vie économique dans le Midi de la Gaule.
 Le IVe s. voit la domination des amphores africaines (Keay 25), contenant vraisemblablement du vin (70 % des amphores sur le site de Lunel-Vieil, Hérault). Ces productions alimentent les deux Narbonnaises mais aussi Lyon et Bordeaux.
Les importations ibériques connaissent aussi un fort accroissement (huile de Bétique, salaisons de poissons de Bétique ou de Lusitanie : Dressel 20 et 23, Almagro 50), allant jusqu'à supplanter les productions africaines dans les villes proches d'Espagne.
Le vin italien est représenté par les amphores siciliennes Ostia I456 et l'oriental par les des importations de Crète et d'Asie Mineure.
 Le Ve s. voit la disparition de l'hégémonie africaine au profit des conteneurs hispaniques, mais surtout en raison de l'augmentation des importations  de Méditerranée Orientale, surtout des amphores vinaires de Cilicie (LRA 1), d'Asie Mineure (LRA 3) et de Gaza (LRA 4). Si des calculs intégrant la capacité des amphores donnent un équilibre entre produits orientaux et africains, la nature du contenu de ces derniers diffère, car plus diversifié : garum (Keay 35B), huile (Keay 35A), olives (Keay 25).
 Pour le VIe s., les données chiffrées sont plus réduites, puisque ne concernant que Marseille. On y remarque une recrudescence des exportations africaines sous la forme de nouveaux conteneurs (Keay 55 et 62), à égalité avec les produits orientaux et ce jusqu'au début du VIIe s.
Il est convenu que ces conteneurs devaient contenir du garum ou du vin, plutôt que de l'huile.
Du vin aussi dans les amphores orientales, dont l'approvisionnement se diversifie (Grèce Continentale et région syro-palestinienne).
Concernant le reste de la Gaule Méridionale, Bordeaux présente un visage différent, les amphores orientales y étant majoritaires, révélant peut être l'existence de contacts directs avec le monde byzantin, par le détroit de Gibraltar.
 La situation du VIIe siècle est mieux connue , de par l'accroissement de la documentation archéologique, confirmant la nette suprématie d'arrivages africains à la fin du VIIe s.
Pour la période 640-660 la situation semble plus nuancée avec encore une forte présence d'amphores orientales, majoritairement issues de régions conquises dès 640 par les Arabes : Cilicie (LRA 1), Syrie-Palestine (LRA 5/6), Gaza (LRA 4) et Egypte (LRA 7).
Même situation pour les productions du Sahel après 675 et pour autres après les années 690, cette situation persistant vraisemblablement jusqu'au début du VIIIe s.
Même s'il ne représente qu'une partie des échanges durant l'Antiquité Tardive, le commerce des amphores reste un phénomène fort en Gaule du Sud jusqu'à la fin du VIIe voire au début du VIIIe s. surtout en zone littorale, autant dans les zones urbaines que rurales.
Dans la continuité de la situation du Haut Empire, les échanges concernent le vin, sans doute en majorité venant d'Afrique au IVe s. et de Méditerranée Orientale au Ve siècle, parallèlement à un flux italien constant mais discret. La situation paraît rester stable jusqu'au début du VIIIe s.

Si l'étude du mobilier amphorique de Gaule du Sud a permis d'établir un certain nombre de données, la présence de vaisselle importée jusqu'à une date tardive, a contrario de la situation de la Gaule du Nord, permet de préciser voire de nuancer le tableau des échanges.
A l'orée de la période qui nous intéresse, la forte quantité de vaisselles importées dans le Midi n'a rien d'un fait nouveau, puisque manifeste dès le début du IIe siècle, principalement par le biais de la céramique culinaire africaine déjà bien représentée.
Pour l'Antiquité Tardive, il est peu probable que les sigillées africaines aient été commercialisées avec les amphores, puisque les courbes inversées des importations africaines en Languedoc Oriental et en Méditerranée Orientale vont à l'encontre de cette hypothèses simpliste. Peut être, comme on supposé pour l'Orient, la sigillée africaine a t'elle voyagé avec les convois de blé à destination du sud de la Gaule, ce qui sous entendrai un rôle-clef des ports dotés d'entrepôts dans la diffusion de cette vaisselle.
De même, les céramiques fines de Méditerranée Orientale (Mer Egée, Levant, Constantinople), rares au Ve s. alors que les amphores orientales sont bien représentées aux VIe-VIIe s. quand la présence de ces dernières est plus faibles, ont-elles pu accompagner d'autres denrées, plus luxueuses mais aussi périssables : épices, étoffes, esclaves (Marseille possédant alors un marché aux esclaves), papyrus, etc…
A côté de ces importations méditerranéennes, on a remarqué, de manière discrète jusqu'à la fin du VIe s, avec plus d'évidence passé cette date, la présence de vaisselles de Gaule du Nord (métallescente, sigillée d'Argonne et commune du Val de Saône).
La Gaule du Sud n'échappe pas au développement considérable des importations de sigillée africaine en Méditerranée au Ve s. Elle domine tout le contexte de la fin du IVe s. et du début du Ve à Arles, en Languedoc Oriental, elle atteint 32 % des vaisselles fines du Ve s; Elle est à égalité avec les D.S.P à Narbonne et Marseille, alors que les amphores africaines reculent face aux importations d'Espagne et d'Orient.
Cette quasi- hégémonie tend à disparaître au milieu du Ve siècle, ne représentant plus que 6 % à 16 % selon les contextes, et ce jusqu'à la fin du siècle. Ce déclin se fait au profit de la D.S.P, phénomène du milieu et de la seconde moitié du Ve s. en Provence et Languedoc.
Au VIe siècle, la diffusion des sigillées africaines se restreint aux grandes villes et aux sites littoraux, mais sur ces sites sa proportion est en hausse, tout comme sur les sites de hauteurs.
Si l'introduction sur le marché gaulois des vaisselles africaines et orientales peut être justifiée par leur qualité et leur attrait esthétique, on est en droit de rechercher les raisons motivant l'importation de céramiques adaptées à des usages culinaires étrangers. On se rappellera ici la carrière de Vinidarius, cuisinier de Théodoric le Grand, et d'origine byzantine. Peut être faut-il chercher le succès de ces productions dans un désir de reproduire les mœurs alimentaires de l'élite.
Ceci pourrait aussi correspondre au besoin de compléter les services utilitaires gaulois, de fonctionnalité réduite. Ainsi, les ollae et marmites gauloises de petites dimensions sont- elles complétées par les grands vases à paroi mince d'Afrique et d'Orient. Mais ce vaisselier étranger comprend aussi de larges récipients culinaires rustiques qui contrairement aux productions gauloises, offraient diverses opportunités de cuissons, puisque supportant peut-être une exposition directe au feu (on en vient à souhaiter la mise en place de processus expérimentaux qui permettraient de vérifier ces hypothèses).


Connue dans les années 1970, la Céramique commune du Val de Saône à fait l'objet de travaux poussés ces deux dernières années, ayant permis de localiser des centres de productions à Semez et dans la forêt de la Ferté.
Naturellement très représentée dans le Lyonnais, en Franche-Comté, Bresse et Jura, la surprise est venue des régions méditerranéennes, où la bistre est attestée dans des contextes des VIe-VIIe siècles.
Ceci atteste et confirme une intense circulation de biens et de personnes dans le sillon Rhône- Saône, replaçant le Midi dans les courants commerciaux de la Gaule mérovingienne, et par là même suggère l'idée d'un métissage Nord-sud, déjà décelable, par exemple, dans la présence de mobilier métallique de type franc en Septimanie.

Les éléments dont nous disposons à présent autorisent des interrogations quant aux modes de diffusion et de transfert, tant des poteries que des habitudes alimentaires qu'elles dénotent.
Qu'échange t'on, dans quels termes et à quelle échelle ? Chaque production renvoit à une ambiance culturelle, à la fois très marquée mais laissant de la place pour de forts régionalismes. Toutefois, et en dépit de ce dernier point, on est loin de la fragmentation, de l'émiettement attendu suit à la disparition du régime impérial.
Les avancées effectuées dans le domaine de la céramologie montrent à quel point le Sud de la Gaule reste soumis aux mouvements de l'économie et de la situation politique du Monde Méditerranéen, toutes les observations faites en Gaule du Sud en la matière ayant des parallèles dans d'autres parties du Bassin Méditerranéen.
Et ceci vaut autant pour les villes littorales que pour celles reliées à la mer par les voies fluviales.
Plus intéressant encore, l'intégration à ce réseau, jusqu'au milieu du VIe voire au début du VIIIe siècle, de nombreux sites ruraux du Midi, villae de plaine et habitats de hauteurs.
Continuité dans les axes commerciaux, mais aussi dans les techniques, puisque autant les productions méridionales que les importations du Val de Saône restent fidèles à la tradition gallo-romaine dans leurs formes et dans les techniques de productions.
 
A nouveau, apparaît comme une évidence la continuité de la culture matérielle, et non une fragmentation ethnique de celle-ci. Si les nouveaux maîtres germains dominent, les cadres de vie ne sont pas bouleversés, du moins jusqu'à la fin de la période concernée.
Les changements se feront plus tard, à un moment encore flou du VIIe au du VIIIe siècle. Ceci vaut pour la céramologie comme pour les réseaux de peuplement, les formes de l'habitat et les techniques de construction.



Bibliographie.


BONIFAY Michel, RAYNAUD, Claude (dir.), Echanges et consommations, In : Gallia, 64, Antiquité Tardive, haut Moyen Âge et premiers temps chrétiens en Gaule Méridionale, 2e partie, p.93- 161, 2007.

FIXOT Michel, La Provence de Grégoire de Tours à l'An Mil, In : Février Paul-Albert (dir.) : Histoire de Provence, T.1, Ouest-France, 1989, p.443-491.

LEBECQ Stéphane, Les origines franques, VIe-IXe siècle, Editions du Seuil, Point Histoire, 1990, 322 p.

VALLET Françoise, De Clovis à Dagobert. Les Mérovingiens. Gallimard, Découvertes, 1995, 176 p.



Par Circa Mediterranea - Publié dans : Travaux de recherche.
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Dimanche 29 mars 2009
Longtemps, les historiens médiévistes ont eu une interprétation des termes castrum et villa fondée sur une traduction littérale de ces termes. Ainsi, à toute mention d'un castrum était associée l'existence d'un élément fortifié, allant du château à l'enceinte villageoise, selon les auteurs. De même, l'utilisation dans un texte de villa était considéré comme renvoyant à un domaine agricole de grandes dimensions, dans la droite ligne des villae antique. Pour la zone dans laquelle prend place notre étude, il suffit de lire les annotations dont les éditeurs du Cartulaire d'Apt ont parsemé les actes pour s'en convaincre .
   Ce paradigme, loin de disparaître avec le temps, fera encore longtemps florès, et ce même après la publication de l'ouvrage fondateur de Pierre Toubert  et l'étude du phénomène de l'incastellamento qu'il y donne. Qui plus est, il semblerait que certains auteurs peu attentifs aient trouvé dans cet ouvrage la confirmation de l'interprétation jusqu'alors répandu du terme castrum.
En effet, Pierre Toubert définit d'emblée le castrum des textes de Sabine et du Latium comme un centre permanent d'habitat groupé et fortifié , qu'il oppose à la villa et à la curtis, en tant qu'habitat ouvert. En dépit du fait que cette étude ne concerne que les deux régions déjà citées, on ne compte plus les parutions postérieures qui ont appliqué cette signification à leur propre documentation. Ainsi, cinq ans après la parution de ce livre, Uc de Castellane, dans son étude des lignages de Haute-Provence, interprète la multiplication des castra  dans les actes du Cartulaire d'Apt à la fin du Xe et au début du XIe siècle comme la marque d'une vague de construction d'enceintes villageoises sommées d'un château .
  Mais les trente dernières années ont aussi vu la publication de travaux de qualité, études régionales voire micro régionales, qui ont permis de mieux saisir les différentes occurrences des termes castrum et villa  selon la région ou la période étudiée .
C'est une synthèse de ces travaux que nous allons à présent tenter, afin de donner une vision d'ensemble de ces variations sémantiques et de mieux comprendre la documentation dont nous disposons pour Caseneuve.

  On l'a dit plus haut, Pierre Toubert, lorsqu'il utilise le terme castrum, entend  par ce terme un habitat groupé et fortifié, distinct du château, désigné dans la région qu'il étudie par le terme rocca castri ou domus maior castri. Ce castrum s'oppose, en tant qu'habitat de hauteur clos, à la villa, habitat ouvert qui est la règle en Latium et Sabine jusqu'au Xe siècle. En plus de son aspect monumental, le castrum latial se définit par son origine, à savoir une charte de peuplement prévoyant en détail le regroupement des hommes sur le site castral, avec la restructuration d'un espace cohérent à cette nouvelle organisation. Ces fondations se font toujours sur un fond de conquête des terres antérieure, elles ne sont pas des établissements pionniers .
   L'année suivante, Elisabeth Magnou-Nortier se penche sur le problème de la villa dans les textes touchant à la province ecclésiastique de Narbonne  du début du IXe au milieu du XIe siècle, en définissant trois sujets de réflexions : la consistance du territoire de la villa, le rôle des habitants et le rôle de la paroisse rurale.
Au terme de sa réflexion, elle définit la villa méridionale comme le terroir d'un village, aux limites fixées par la mémoire collective, la topographie et la présence de lieux de culte privés, et doté d'un statut juridique bien défini.
   C'est aussi à cette période que Pierre Bonnassie publie sa thèse, entamée en 1962, consacrée à la Catalogne . Le castrum, ici siège d'un viguier, délégué du comte, y est défini comme englobant le château lui-même et ses annexes immédiates, l'ensemble des territoires dominés par celui-ci, et les droits et pouvoirs qui s'y rattachent.  Il apparaît comme une unité géographique bien définie, organisée autour du château, centre de commandement juché sur une hauteur, au territoire composé de quatre ou cinq paroisses et dont les limites sont souvent calquées sur la topographie . A aucun moment n'est évoqué un regroupement de l'habitat. Ce n'est que plus tard, avec le passage de la viguerie à la seigneurie, que le regroupement de l'habitat se fera, souvent d'ailleurs contre le pôle castral plutôt qu'auprès de lui, la polarisation s'opérant autour des lieux de culte, donnant naissance aux sagreres . L'auteur consacre lui aussi un chapitre à la villa . S'interrogeant sur ce qu'est la villa dans la Catalogne du Xe siècle, il arrive à la conclusion que la seule chose certaine quant à celle-ci est qu'il s'agit d'un terroir cernant un groupe d'habitations, et dont les limites sont ancrées dans la mémoire collective. Mais une fois cet état de fait énoncé, il semble impossible de déterminer l'étendue de ce terroir qui, variant selon les textes, peut être celui d'une ville, d'un village, d'un hameau voire une simple ferme avec ses dépendances. Le statut juridique de ces unités semble tout aussi malaisé à saisir, celles-ci pouvant être aussi bien composées d'alleux paysans qu'assujetties à un seul maître ou même se situer entre ces deux cas de figure, les paysans possédants les terres en tant que bien matériel, et le maître détenant les droits sur cette terre.  
  Michel Fixot, dans son article consacré aux châteaux des bassins d'Apt et de Pélissanne, contemporain de la thèse de Pierre Bonnassie, semble lui aussi voir dans la villa et le castrum des termes renvoyant plutôt à des notions de territoire, certes organisé autour d'un pôle construit, que le reflet de l'existence d'un habitat groupé et enclos. Se livrant à une brève étude du vocabulaire utilisé dans les documents concernant ces deux régions, il note que jusqu'à 980 seule l'expression in villa est utilisée. Après cette date, elle se juxtapose à in terminium villae, indication géographique plus précise. Ces deux termes sont utilisés conjointement jusqu'au premier quart du XIe siècle, date à laquelle apparaît l'expression in territorio villae ou in territorio castri. Celle-ci se généralise après le milieu du siècle . Il note aussi, dans la première moitié du XIIIe siècle, avec l'apparition des mots turris et bastida, un glissement sémantique du terme castrum, les premiers désignant précisément la fortification individuelle, et le second, jusqu'alors assez vague, renvoie au village fortifié .
   En ce qui concerne le Languedoc, la thèse d'Aline Durand , parue en 1998 mais datée de 1984, en plus de faire le point quant aux études antérieures sur le sujet, comporte une analyse poussée du vocabulaire des actes concernant cette région entre le Xe et le XIIe siècle. L'image de la villa que l'auteur dégage de sa documentation est celle d'un finage limité de manière approximative par le finage des autres villae, où le regroupement humain se fait donc sur plan territorial. Mais la villa est aussi un terroir cultivé, et le regroupement humain se fait alors sur le plan écologique .
Au sein du terminium ainsi défini, la polarisation se fait progressivement dès le début du Xe siècle, renforcée par la présence d'un pôle monumental, église ou élément de fortification, de type villa cum turre . Ce terme, fréquent dans la documentation languedocienne de cette période, et ce à quoi il renvoie, est à mettre en relation avec celui de castrum et les interprétations qui en ont été données. Ici, la présence d'un élément fortifié autour duquel se polarise l'occupation d'un territoire est claire. Pourtant, c'est bien l'expression villa cum turre qui est employée, et non celle de castrum.
Plus loin, l'auteur différencie la villa cum turre du castrum par l'importance du tissu humain originel et l'absence dans la villa cum turre d'un bâtiment résidentiel à caractère seigneurial .
Au final, pour l'auteur, le regroupement qui se fait dans le courant du Xe siècle est ouvert, souple et articulé autour du terroir de la villa.
L'apparition du terme castrum dans les textes languedociens au XIe siècle ne correspond pas à l'existence d'un village, contrairement à ce qui est connu pour le Latium. Il désigne plutôt, et ce jusqu'au milieu du XIIe siècle, le support de l'autorité banale.
Quand une transformation du sens de ce terme se fera, ce sera surtout dans la plaine, entre Béziers et Nîmes, où la fortification individuelle donne naissance au village clos. Alors, castrum ne renverra plus à l'autorité publique, mais au village groupé et fortifié.
En revanche, il semblerait que le sens premier du mot se soit maintenu dans l'arrière-pays, où la transformation du site castral en village aurait été moins aboutie .
   A propos de l'emploi simultané des termes de villa et castrum  sous un même toponyme et dans un même document, l'auteur écrit que celui-ci correspond à une dualité de l'habitat. Deux sites distincts cohabitent, avec leurs propres terminia, chacun polarisant une partie de la population. Une telle situation perdure jusqu'au début du XIIe siècle .
  On connaît pour la Provence de semblables cas de bipolarité au sein d'un même territoire. Ainsi à propos de Salernes, dans le Var (territorio castro vel ville Salernis), ou des Arcs, dans le même département, où un texte du milieu du XIIe siècle distingue la villa, habitat ouvert, du castrum, résidence du seigneur et de ses milites . Nous reviendrons plus loin, à propos des castra du Pays d'Apt, sur les formes que peut prendre cet habitat double, et leur traduction dans le paysage bâti.
   Une étude assez poussée du vocabulaire utilisé dans la documentation provençale entre le Xe et le XIIIe siècle a été effectuée par Michel Fixot à l'occasion du colloque consacré au millénaire capétien .
Si les termes employés (villa, castrum, castellum) sont les mêmes que dans d'autres régions, ils renvoient à des organismes plus faibles.
Castrum revêt dans les textes de multiples sens, désignant aussi bien une ville, comme Grasse en 1046, Manosque ou Pertuis, que des mottes castrales (qui ne semblent pas avoir attiré d'habitat), comme Clermont, près d'Apt . A noter que les villes sont aussi parfois appelées villa, le terme de civitas étant réservé aux cités épiscopales. Les mottes sont aussi désignées sous le terme de rocca, terme usité dans le Latium pour désigner une fortification individuelle . Ainsi la motte de Niozelles (Bouches-du-Rhône), est appelé dans un document du milieu du XIe siècle rocca de Aldefred.
  Dans les actes de ce même colloque figure aussi une synthèse sur la question du village et de l'habitat rural, par Gabrielle Démians d'Archimbaud . Evoquant le terroir du Freinet, dans le Var, elle apporte une précision à l'article de Michel Fixot, en rappelant que le castrum des textes provençaux est en premier lieu un territoire soumis à un pouvoir seigneurial, plutôt qu'un site fortifié associé à un habitat groupé .
  Les variations de sens de castrum selon les périodes semblent bien acquises, lorsque quelques années plus tard Yann Codou consacre un article aux lignages nobles du Pays d'Apt  et à la traduction monumentale de ce pouvoir. Mentionnant encore une fois l'aspect plus juridique et administratif que descrïptif de ce terme, il note toutefois que si l'existence d'une construction militaire dans chaque castrum n'est pas obligatoire au départ, elle s'impose assez vite, et donne l'exemple des sites de Saignon, Clermont et Lausnava, appelés dans les actes du Cartulaire d'Apt castellum, là où les autres sites castraux du Bassin d'Apt sont désignés comme castra . Nous reviendrons plus loin sur la documentation concernant le Pays d'Apt lorsque nous étudierons les textes relatifs au castrum de Caseneuve.

  Au terme de cette synthèse on se rend compte que, loin de la situation de regroupement forcé de l'habitat au sein d'un espace fortifié connue dans le Latium dès le Xe siècle, le castrum du Midi de la France tel qu'il apparaît à la lecture des textes des Xe et XIe siècles correspond à une situation différente, où un territoire d'habitat dispersé est soumis à un pouvoir banal, pouvoir symbolisé par l'érection à un moment donné d'une fortification individuelle, siège de ce pouvoir, bien distinct de l'habitat paysan. Ce n'est que plus tard, au terme d'une longue mutation de ce territoire que l'habitat se groupe autour de la fortification, et que castrum en vient à désigner l'ensemble composé par le château et le village clos. Le terme de villa connaît une évolution semblable. En effet, si la villa du IXe siècle désigne encore un grand domaine organisé autour d'une exploitation agricole, proche de la tradition antique, au siècle suivant la réalité est différente, et le mot désigne plus le territoire exploité et peuplé qu'un habitat  de grande taille. Si au cours de ce même siècle un début de polarisation voire de regroupement de l'habitat se fait, autour d'un lieu de culte ou d'un élément fortifié (villa cum turris ou curtis cum turre), l'organisation et la gestion du territoire ne sont pas encore celles du castrum.
Par Circa Mediterranea - Publié dans : Travaux de recherche.
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